
Lentre-deux-guerres : consolidation et maturité
La Première Guerre mondiale a marqué un point tournant important dans lhistoire du Canada,
même dans celle qui touche les chemins de fer et leur technologie. Comme nous lavons vu
précédemment, les nombreux immigrants qui circulaient dans tout le pays, particulièrement
dans lOuest, ont entraîné un agrandissement constant du réseau ferroviaire et une
augmentation régulière du nombre de voyageurs durant la période qui a précédé la guerre.
Sur le plan technique, étant donné que la taille et la capacité des trains voyageurs et
ceux des marchandises augmentaient, on a eu besoin de locomotives plus récentes et plus
lourdes. On a donc continué à améliorer les lignes de chemin de fer pour répondre à
une plus grande circulation. Dimportants projets dingénierie, comme le tunnel Connaught
du CP dans les montagnes Rocheuses et le pont ferroviaire de Québec construit par le
gouvernement canadien, témoignent des énormes investissements consentis pour améliorer
les lignes de communications.
Malheureusement, la guerre a mis un terme à cette période féconde du développement des chemins
de fer canadiens. Même si la croissance du système ferroviaire canadien sest poursuivie, elle
na jamais repris le rythme de celui des années passées. Ainsi, entre 1920 et 1969, la longueur
des lignes ferroviaires na augmenté que de 12 p. 100, soit denviron 8400 kilomètres. Nous
sommes loin des 57 000 kilomètres construits au cours des 50 ans qui ont précédé
1920.
Le nombre de compagnies ferroviaires avait déjà commencé à diminuer avant que la guerre ne prenne
fin, et le gouvernement du Canada a dû nationaliser le Canadian Northern et le Grand Trunk
Pacific Railway qui éprouvaient des difficultés financières. Ces deux compagnies, dont la
fondation reposait sur des emprunts, avaient réussi à surnager au cours de la période
euphorique qui a précédé la guerre. Lafflux dimmigrants dans lOuest canadien nayant
jamais été celui escompté, les deux entreprises étaient sur le bord de la faillite lorsque
le gouvernement fédéral en a fait lacquisition. Cest ainsi quen 1923, le gouvernement
du Canada sest porté acquéreur, au milieu de la contestation, du vénérable Grand Trunk
Railway – le système ferroviaire le plus ancien au Canada. Le GTR livrait la dernière
grande composante du système de la compagnie des chemins de fer nationaux du Canada
qui devenait le CN, la plus importante entreprise ferroviaire au pays. Le gouvernement
canadien a également créé une société dÉtat pour coordonner ses nouvelles acquisitions
ferroviaires en 1917.
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| Locomotive no 3100 du CP. Manufacturier : ateliers Angus du CP, 1928. (MSTC 670005) |
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| No 3100 du CP en service, à Montréal, vers 1958. (Photo : Archives du CP) |
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À la suite de la restructuration qui a eu lieu durant cette période, les effets des progrès
techniques ont été encore plus grands sur la constitution des chemins de fer canadiens. La
mise en place de diverses composantes techniques, comme le chargeur mécanique, a permis aux
concepteurs daccroître la taille des locomotives à vapeur bien au-delà des limites des
modèles chargés à la main. Vers le milieu des années 1920, les chemins de fer canadiens
utilisaient les locomotives parmi les plus puissantes au monde. Des locomotives comme
la 3100 (670005) du CP étaient plus grandes, plus lourdes et plus puissantes
que les précédentes. De plus, elles étaient construites de matériaux nouveaux comme lacier
au nickel qui augmentait leur puissance tout en réduisant lensemble de leur
poids.
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| 1201 du CP. (MSTC 670007) |
Pendant que lindustrie de la fabrication de locomotives et de trains solides se développait
au Canada, les compagnies ferroviaires poursuivaient quant à elles la fabrication de véhicules
qui répondaient à des usages particuliers. Cependant, même cette tradition sest estompée petit
à petit au rythme de laugmentation des coûts de main-dœuvre et de production. Ainsi, lune
des pièces les plus célèbres du Musée, la 1201 (670007) du CP, a été la dernière
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| 1201 du CP, sous vapeur, en direction de lest, à Stephen, en Colombie-Britannique, juillet 1986 (MSTC) |
locomotive sortie des ateliers Angus du Canadien Pacifique, à Montréal, en 1944. Malgré tout,
les ateliers ferroviaires de tout le pays sont demeurés des centres demploi et dactivités
industrielles puisquils assuraient lentretien des flottes de locomotives et de trains. Le
tour à profiler les bandages Bertram, (830643), provenant dun atelier ferroviaire
du cap Breton, est un des rares exemples de pièce déquipement lourd utilisée pour profiler
les roues motrices des locomotives à vapeur.
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Tour à profiler les bandages de roues motrices. Manufacturier : John Bertram & Sons, vers 1920. (MSTC 830643) |
Il a bientôt fallu penser à des locomotives plus puissantes pour tirer des trains de passagers
et de marchandises plus longs, plus lourds et plus rapides. Après la Première Guerre mondiale,
lacier a rapidement remplacé le bois dans la construction de trains – en particulier les voitures
de passagers. Ces dernières étaient construites solidement afin doffrir confort et sécurité aux
passagers. Les voitures 3 et 4 (671138 et 671137), construites par la Canadian
Car & Foundry Co. de Montréal en 1927, à lintention des gouverneurs généraux du Canada, sont
deux modèles exceptionnels représentatifs de voitures lourdes de passagers; ils pesaient chacune
environ 83 000 kilogrammes et mesuraient plus de 25 mètres de longueur. Ces voitures étaient
destinées aux gouverneurs généraux et à leur entourage, et servaient dhébergement durant les
voyages. Elles comportaient des pièces dhabitation, y compris chambres à coucher, salon, cuisine
et salle à manger. Elles ont été utilisées jusque dans les années 1960. Le roi George VI et la
reine Elizabeth (la reine mère) en ont fait leur résidence personnelle au cours de leur visite royale de 1939, et la reine Élizabeth II
a fait de même lors de ses visites au Canada.
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| Voitures 3 et 4 du train royal du gouverneur général, 1939. (Collection MSTC/CN) |
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| Vue du petit salon attenant à la salle à manger, voiture 4. (MSTC 671137.si18aa) |
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| Voiture motorisée du CN 15820, vers 1926. (Collection MSTC/CN 23604) |
Les années 1920 ont été jalonnées dexpériences dans le domaine des chemins de fer canadiens. Même
si lon construisait encore des locomotives à vapeur en plus grand nombre et de plus grandes
tailles, des ingénieurs mettaient à lessai dautres modes de puissance. Les véritables possibilités
de la technologie diesel-électrique ont été démontrées en 1926 lorsquun train porte-rails du CN,
le 15820 (Collection 23604, Collection MSTC/CN 23604), propulsé par lénergie
diesel-électrique, a traversé le Canada. Cette randonnée a permis non seulement de battre
des records de vitesse, mais aussi de démontrer les capacités et la fiabilité des moteurs
diesel-électriques. Cet exploit a inauguré une courte période qui a permis au CN doccuper
le rôle de chef de file mondial de la traction diesel-électrique. Même si ce train a été
détruit, le Musée conserve sa locomotive originale de marque Beardmore, (660172).
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Moteur diesel du CN 15820. Manufacturier : Wm. Beardmore & Co., 1925. (MSTC 660172) |
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| Locomotive no 6400 du CN, de type Northern, exposée dans la salle des locomotives. (MSTC 670001) |
La Crise de 1929 a grandement freiné plusieurs aspects des activités ferroviaires.
Le nombre de passagers et le volume de marchandises a diminué et, pour la première fois,
lapparition des automobiles et des camions ont eu des conséquences sur les chemins de fer.
Toujours soucieuses de commercialiser leurs services, les compagnies ferroviaires ont projeté
une image de modernisation en offrant aux voyageurs du nouvel équipement. Des locomotives
dallure aérodynamique comme la 6400 (670001) du CN et la 2858 (670006) du CP mises
en service dans les années 1930 étaient très modernes. La 6400 – seul exemple de ces locomotives
conservé au Canada – était également exceptionnelle puisquelle était le fruit dun travail
de recherche mixte entre le CN et le Conseil national de recherches du Canada.
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Locomotive no 2858 Royal Hudson du CP en service, à Montréal, vers 1954. (Photo : MSTC) |
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| Modèle en soufflerie 6400 du CN. Manufacturier : Conseil national de recherches, Ottawa, vers 1935. (MSTC 680547) |
Conçue daprès des modèles en soufflerie (680547), cette locomotive aérodynamique nétait
pas trop esthétique. Les concepteurs voulaient surtout améliorer lefficacité énergétique
en réduisant la résistance au vent et augmenter la sécurité en faisant dévier léchappement
de la fumée qui obstruait le champ de vision de léquipe. Même si cette locomotive na pas
permis datteindre tous les objectifs du projet, elle nen reste pas moins lune des locomotives
à vapeur la plus caractéristique au Canada.
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| Locomotive Shay no 3, en état de marche au MSTC, 2000. Manufacturier : Lima Locomotive Works, 1923. (MSTC 740755) |
La technologie des chemins de fer était très convaincante à lépoque. En plus de servir les
deux grandes entreprises ferroviaires canadiennes, le CN et le CP, elle a été utilisée tant
dans des applications industrielles que dans le transport urbain. La locomotive Shay, (740755),
conservée au Musée, est un exemple des centaines de ces petites locomotives utilisées dans diverses
industries au pays. Un modèle distinct, conçu et utilisé par lindustrie forestière, a été remis
en état de marche par le Musée. La locomotive électrique, 6715 (951330) du CN, est
lun des nombreux exemples dappareils de traction ferroviaire électrique introduits et utilisés
à ce moment-là pour le transport urbain et interurbain.
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Locomotive électrique no 6715 du CN. Manufacturier : Canadian General Electric, 1916. (MSTC 951330) |
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