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Les transferts industriels et l'art de la décalcomanie

Les origines des transferts décoratifs

Les origines des transferts industriels sont incertaines. Quelques récits discutables remontant à 1871 suggèrent que John Sadler aurait été le premier à avoir eu l’idée d’orner de la faïence à l’aide d’images imprimées en regardant un groupe d’enfants décorer des maisons de poupées. En fait, John Sadler et Guy Green – deux imprimeurs et graveurs bien connus qui travaillaient à Liverpool – ont prétendu avoir inventé la technique en 1756 pour orner la porcelaine du célèbre Josiah Wedgewood. Toutefois, leurs prétentions ont été remises en question par des preuves qui démontraient qu’en 1751 et 1755, John Brooks, un graveur à l’emploi de la Battersea Enamel Works, avait tenté de breveter la technique de transfert monochrome. Cette dernière comprenait la gravure et l’encrage d'une image sur une plaque de cuivre, puis l’impression de cette image sur un papier humide que l’on pressait contre une pièce de porcelaine pour laisser une empreinte.

(Fig.7)
Vers 1890, les machines à coudre étaient fréquemment ornées de dorures et de transferts. (921234)
  (Fig.8)
Horloge fabriquée par la Arthur Pequegnat Clock Company vers 1904 et ornementée d’un transfert représentant le roi Édouard VII. (750282)

Cependant, même si Sadler et Green n’ont pas inventé les transferts, ils ont perfectionné le procédé de gravure et les techniques d’impression, et ils ont créé le décor imprimé sous couverture qui, dans les années 1770, a permis de faire baisser le coût de l’ornementation de la céramique de £2 la pièce à 6 pence (le quart du prix). La technique s’est répandue de l’Angleterre à la Suède, puis à l’Allemagne et à la France et enfin en Amérique du Nord.

En Allemagne, on utilisait les transferts pour produire un effet de dorure sur les machines à coudre en fer et les horloges en bois, et on a eu tôt fait de les appliquer sur les appareils ménagers, les voitures, les wagons de trains et la machinerie industrielle partout dans le monde. En 1890, la décalcomanie était devenue l’une des méthodes les plus employées pour l’ornementation des objets technologiques.

  (Fig.9)
Les transferts représentaient une méthode peu coûteuse pour décorer des appareils ménagers tels que ce lecteur de cylindres phonographiques du XIXe siècle. (760134)

Les premiers pas du Canada dans le domaine de la technologie des transferts industriels ont été faits en 1871, lorsque Henry McElcheran, un peintre de Hamilton, en Ontario, a cherché une nouvelle façon d’orner les voitures de train. Dans le cadre de ses expériences, il a combiné de la colle, du sucre, de la glycérine et de la térébenthine du Canada, créant ainsi une feuille parfaitement souple qui pouvait facilement être imprimée à l’aide de gravures sur bois et adhérer à n’importe quelle surface. Toutefois, au cours du XIXe siècle, le marché canadien était en général dominé par les produits importés de la Grande-Bretagne et des États-Unis, une situation qui a perduré jusqu’en 1911, année à laquelle la Canada Decalcomania Company a ouvert un bureau à Toronto et a commencé à produire des décalques pour de nombreuses entreprises canadiennes. Malheureusement, les transferts originaux sur papier étaient si fragiles que, s’ils n'étaient pas adéquatement entreposés, ils se détérioraient après quelques années seulement. Aujourd’hui, les décalques produits par la Canada Decalcomania Company sont très rares.