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Les horloges Pequegnat, les garde-temps du Canada

Fabrication d’horloges

La fabrique d’horloges a d’abord été fondée par Saas et Ford en 1903, mais l’année suivante, Arthur Pequegnat l’a achetée. L’Interior Hardwood Company, à Berlin, fabriquait les caisses d’horloges. La conception et le mécanisme des horloges restaient relativement simples et bien des caisses reprenaient les modèles d’importants concurrents américains établis de longue date, comme Ansonia, Seth Thomas, New Haven Clock Company, Waterbury Clock Company et E. Ingraham.

Le premier catalogue Pequegnat a été publié en 1904, suivi de bien d’autres. Les modèles de base des horloges Pequegnat comprenaient des pendules de cheminée (ou de salon) de même que des horloges de parquet ou des pendules murales, des horloges de style mission ou de cuisine et des pendules pain d’épices. Dans la plupart des maisons de l’époque, l’horloge ne se limitait pas à donner l’heure, c’était aussi un objet décoratif et un signe de réussite sociale. Elle occupait donc une place de choix, habituellement dans le salon. Les prix, bien sûr, ont augmenté au cours de la période d’activité des Pequegnat; toutefois, ils variaient de quatre dollars pour la Midget jusqu’à sept dollars pour la Toronto, un modèle simple de pendule ronde, et atteignaient 112 dollars pour le modèle de parquet en acajou, l’Alberta. Nombre de clients canadiens appréciaient le vaste choix de modèles de même que les prix relativement raisonnables.

Arthur s’enorgueillissait d’être canadien. Pour rendre hommage à son pays d’adoption, il baptisait ses modèles de noms de villes et de villages canadiens. Souhaitant faire preuve de patriotisme et d’attachement à la famille royale, il s’en est inspiré pour nommer plusieurs de ses modèles, par exemple la Monarch, la King Edward, la Maple Leaf, la Dominion et la Canadian Time. Une comparaison entre les catalogues et les horloges démontre que les illustrations des catalogues ont continué d’être utilisées même après que les détails décoratifs ont été modifiés. Cette constatation, de même que la publication du dernier catalogue en 1928, laisse croire que les affaires tournaient rondement et que les ventes et le marketing ne reposaient pas totalement sur les catalogues. Par contre, cela signifie également qu’il faut être prudent dans l’utilisation des catalogues pour dater les horloges de la compagnie.

En 1920, la firme a acheté une fabrique à Breslau, près de Kitchener, pour monter ses propres caisses en bois. Chaque caisse était produite individuellement du début jusqu’à la fin, sans chaîne de montage. Sur certains modèles, les numéros inscrits à l’intérieur renvoient à l’artisan de la caisse. Pour tout renseignement concernant le personnel de la compagnie ne faisant pas partie de la famille, consulter l’ouvrage The Pequegnat Story de Varkaris, à la page 67.

L’un des petits-fils d’Arthur, Harold Clare Pequegnat, se souvient de la philosophie et des façons de faire dans les installations de la rue Frederick, à Kitchener :

La structure comportait un sous-sol à l’avant où était installé l’atelier. Durant mes années d’études et après, j’ai passé bien des moments agréables à observer et à travailler dans la fabrique. L’atelier du sous-sol abritait une énorme presse mécanique. Il y avait également une unité plus petite, des machines à affûter et à polir, une salle d’électroplacage et des tambours-polisseurs de diverses tailles dans lesquels les pièces et les plaques tournaient pendant des heures jusqu’à en ressortir brillantes. En outre, sur les étagères on retrouvait de longues feuilles de laiton de différentes épaisseurs pour réduire le gaspillage de métal lors de l’estampage des platines latérales et ébauches d’engrenage. Après l’estampage, j’admirais les motifs que formaient les trous laissés dans les bandes. J’observais avec fascination la presse en action qui se refermait violemment sur les plaques brutes. Les petites unités produisaient un chapelet de platines brutes. Un jour, par faute d’inattention, j’ai perdu le bout de l’index gauche en estampant le centre des roues. Les disques étaient légèrement concaves, et la presse destinée à éliminer le jeu les aplatissait avant de les insérer sur un arbre. La machine pouvait couper les dents des roues d’une centaine de plaques brutes. L’atelier était équipé de tours d’établi et de plancher à réglage multiple ainsi que de divers outils de production… À un moment ou à un autre, j’ai travaillé sur la plupart des machines. Le montage des roues sur les pignons et les arbres se faisait à la main dans la pièce du fond.
Le bâtiment Pequegnat
Le bâtiment qui abritait les firmes de fabrication de bicyclettes et d’horloges Pequegnat, aux environs de 1897, se trouvait sur la rue Frederick au centre-ville de Kitchener. Le nom de la compagnie se voyait encore clairement sur l’édifice vingt ans après que l’entreprise a cessé ses activités, juste avant sa démolition en 1964. (MSTC 1975.0330)

C’est au deuxième étage que s’effectuait l’assemblage général. L’oncle Philémon, un expert en matière d’établissage des mouvements, procédait à la vérification finale avant d’approuver le produit fini. Chaque horloge était suspendue sur une cloison comportant des rangées de crochets et faisait l’objet d’un réglage patient, jusqu’à ce que l’oncle Philémon en soit satisfait. Les horloges étaient réglées selon une immense horloge dotée d’un balancier pour les secondes… L’oncle Georges était fort habile pour procéder à l’emboîtage, ajouter les timbres, installer le cadran et la couronne et poser les aiguilles.

Grand-père Arthur nous avait à l’œil à partir de sa zone dans le coin sud-ouest. Jamais je ne l’ai vu assis sur un banc d’établissage. Il essayait invariablement différents mouvements et réparait tous les articles défectueux que renvoyaient les clients. J’ai passé de longues heures, assis sur un tabouret à ses côtés, à écouter ses explications ou ses instructions qu’il me transmettait patiemment et gentiment. Jamais je n’ai senti qu’il ne faisait qu’endurer un autre de ses petits-fils. Fréquemment, lorsque ses mains rugueuses et épaisses l’empêchaient de faire quelque chose, il me disait « fais-le toi qui as de petits doigts ». [traduction] (Varkaris, p. 23)

Le bureau de la compagnie se trouvait au niveau de la rue, de même que la salle d’exposition. Paul, le frère d’Arthur, a occupé un coin de cet espace pour son atelier de réparations et sa bijouterie jusqu’à sa mort en 1923. Sur le côté, dans le corridor situé au centre de la fabrique, il y avait le magasin et un monte-charge à l’aide duquel on chargeait les horloges dans les camions de livraison. Au début des années 1920, Arthur a construit une rallonge à l’arrière. On a alors déplacé la production des horloges dans cette nouvelle partie, et loué le rez-de-chaussée de l’ancienne fabrique pour des bureaux. L’avant de l’étage supérieur a été converti en appartements, alors que l’arrière est demeuré un atelier d’usinage jusqu’à ce que la Kitchener Water Commission occupe tout le bâtiment.