
Fondation et construction de lObservatoire fédéral
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 Frederick King, vers 1910 |
Klotz envisageait un observatoire dont les fonctions au Canada correspondraient à celles du Royal Observatory de Greenwich mais seraient adaptées aux besoins des arpenteurs. Ses recommandations ont mené à la fondation de lObservatoire fédéral, qui a dabord eu pour directeur (astronome en chef) Frederick King. La fonction principale de lObservatoire était de marquer la longitude primaire du Canada et de déterminer lheure pour la donner aux ministères du gouvernement, au Parlement et à des entreprises qui avaient besoin de connaître lheure exacte, notamment les sociétés de chemins de fer.
Cette série dimages montre diverses étapes de la construction de la structure de grès de lObservatoire ainsi que léquipement utilisé pour soulever les grosses pierres et mettre en place le dôme et la lunette astronomique. Lédifice existe encore et demeure lun des hauts lieux de la Ferme expérimentale centrale à Ottawa.
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| Ces photographies de la construction de lObservatoire fédéral ont probablement été prises par J. S. Plaskett, arrivé de lUniversité de Toronto à Ottawa en juillet 1903. La dernière photo, en bas à droite, montre linstallation du dôme en 1904. |
Un budget de 350 000 $ avait été alloué à la construction du bâtiment et à lacquisition déquipement. La lunette, dont loptique allait provenir du fabricant John Brashear, a été commandée à la firme Warner & Swasey en juin 1901. Les deux entreprises étaient installées à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Le coût de la lunette, terminée en janvier 1903, devait sélever à 14 625 $. Des horloges de précision, dont une fabriquée par Sigmund Riefler, ainsi que des horloges sidérales et solaires ont été commandées de Paris et reçues en septembre 1902. Dès leur arrivée, les astronomes les ont mises à lessai pour en vérifier lexactitude et la fiabilité.
La construction de lédifice sur lequel allait être posé le dôme de la lunette a débuté en juillet 1902, lorsque Klotz et King ont déterminé lalignement, cest-à-dire lorientation du bâtiment. La partie principale de la structure a été orientée en fonction des instruments de passage, selon un axe est-ouest. Il fallait positionner la lunette de passage et le cercle méridien avec précision pour permettre lobservation du plan nord-sud du ciel – le méridien. Le 12 août, lentrepreneur en bâtiment, Théophile Viau, a commencé lexcavation du terrain. Le coût total des travaux réalisés à contrat sest élevé à 74 999 $. Le contrat de réalisation de la salle des instruments de passage, jointe au côté ouest du bâtiment principal, a été décroché par la firme McGillivray & Labelle en 1904 et loccupation de la salle était prévue pour la mi-avril 1905.
 LObservatoire fédéral a été terminé en 1905. Cette photographie a probablement été prise par J. S. Plaskett. |
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La construction de lObservatoire fédéral sest bien achevée en 1905 et la « première lueur » a pu être observée à linstrument principal, une lunette astronomique (« télescope » réfracteur) de 15 po de diamètre, au printemps, le 17 avril 1905. LObservatoire est devenu le grand point de référence pour le calcul de lheure ainsi que de la latitude, la longitude et laltitude de divers lieux au Canada. Les nouvelles installations combinaient des fonctions auparavant exercées dans plusieurs ministères du gouvernement, mais à celles-ci sajoutait létude astronomique des phénomènes naturels du Soleil et des autres corps célestes. Le personnel de lObservatoire devait aussi étudier les variations gravitationnelles liées à la forme de la Terre et aux ressources naturelles enfouies dans le sol, comme le fer.
 J. S. Plaskett illustrant la position dobservation au cercle méridien, période 1913-1916 |
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 | | Horloge sidérale de précision de Sigmund Riefler (MSTC 1966.0545). Le pendule subissait une succion légère et recevait la pulsion périodique dun électroaimant. Dune précision de 0,015 s par jour, les horloges de ce modèle étaient les plus précises sur le marché, période 1891-1928. |
Durant les premières années, lObservatoire avait pour fonction première de calculer lheure. Pour cela, les scientifiques employaient un type de lunette astronomique appelé lunette de passage. Les mouvements de cet instrument se bornaient au méridien, cest-à-dire le plan nord-sud du ciel, et au zénith, le point situé directement au-dessus de lastronome. Le Musée des sciences et de la technologie du Canada conserve lune des lunettes de passage dorigine, mais la plus grosse, le cercle méridien des premiers temps, a été détruite lors de la fermeture de lObservatoire, en 1970. Tout ce qui en reste, ce sont des photographies. Jusquau début des années 1930, cette lunette était le principal instrument quon employait pour mesurer le moment où les étoiles passaient au méridien. Pour déterminer lheure avec exactitude au Canada, on comparait les mesures du temps à celles prises à Greenwich, à Washington et ailleurs. On marquait le temps à laide dune horloge sidérale à remontage automatique fabriquée par Sigmund Riefler (lhorloge Riefler du Musée, 1966.0545, a été acquise à la même époque que celle-ci mais provient de lobservatoire de Saint John, au Nouveau-Brunswick) et on acheminait les signaux horaires par télégraphe partout à Ottawa de même quaux compagnies de chemins de fer et à des observatoires gouvernementaux disséminés de Saint John à Victoria.
 La lunette (MSTC 1974.0488) de 15 po (38 cm) de Warner & Swasey et Brashear (période 1930-1932), « télescope » principal de lObservatoire, était et est demeurée la plus grande lunette astronomique au Canada. |
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 Le doublet achromatique original de 15 po (38 cm) de la lunette astronomique (MSTC 1975.1087) a été fabriqué par John Brashear. Il a été remplacé en 1958 par le plus gros système de lentilles à trois composantes (apochromatiques) qui soit, mis au point par la société Perkin-Elmer de Norwalk au Connecticut. Louverture numérique utile de la lunette équivaut à f:15 dans une longueur de tube de 225 po (5,7 m). |
La lunette astronomique de 15 po (38 cm, 1974.0488) installée en 1905 est la plus grosse de ce type à avoir été érigée au Canada et est encore utilisée régulièrement à lObservatoire Helen Sawyer Hogg du Musée. La lentille à objectif achromatique Brashear dorigine (1975.1087) a été remplacée en 1958 par une lentille qui convenait mieux à la photographie. Celle-ci, une lentille apochromatique triple mise au point par Perkin-Elmer, est la plus grosse du genre jamais fabriquée. La transmission mécanique de la lunette, qui permettait de repérer les étoiles, a elle aussi été remplacée à la même époque. La transmission mécanique dorigine (1974.0488), qui fonctionnait grâce à un mécanisme à masses tombantes (comme celui des horloges de parquet), était logée dans la base de la lunette. La vitesse du moteur était contrôlée par un régulateur mécanique inventé par James Watt au XVIIIe siècle et souvent utilisé dans les moteurs à vapeur.
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| La transmission mécanique originale fonctionnait grâce à des masses tombantes. Le régulateur mécanique (MSTC 1974.0488.7, à droite) demeure intact. |
Lintérêt que Klotz manifestait pour le Soleil a été satisfait par lachat dun héliostat (1966.0402), une lunette pour capter les rayons du Soleil. Lhéliostat permettait aux astronomes détudier la composition du Soleil en observant son spectre et dexaminer les taches solaires en prenant des photographies du Soleil chaque jour où le ciel était dégagé. Cet instrument a dabord été envoyé au Labrador (1974.0754) en 1905, en mission dobservation dune éclipse solaire totale.
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| Installation de lhéliostat pour léclipse solaire de 1905 au Labrador. Les photographies témoignant de lexpédition (MSTC 1974.0754) ont été prises par J. S. Plaskett. |
De retour à Ottawa, lhéliostat a été logé pendant presque 70 ans dans un hangar de conception spéciale à manutention horizontale. À partir de 1905, les astronomes de lObservatoire fédéral ont fait des contributions notables à létude du Soleil, un aspect de lastronomie canadienne qui sest poursuivi avec de nouveaux instruments radio et optiques jusquen 1993, lorsque le dernier programme solaire a pris fin.
 Extérieur du hangar abritant lhéliostat à lObservatoire. |
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 Miroirs de poursuite du Soleil de lhéliostat (MSTC 1966.0402). Remarquez les murs à persiennes du hangar prévenant les accumulations de chaleur. |
 Micromètre à fil Warner & Swasey (MSTC 1970.0212) servant à mesurer les distances entre les étoiles doubles. |
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 Spectrographe à prisme attaché à la lunette astronomique de 15 po (38 cm), servant à photographier les spectres des astres pour classer et mesurer la vélocité des étoiles doubles, vers 1930. |
Lune des études stellaires de lObservatoire consistait à mesurer le mouvement dune étoile autour dune autre à lintérieur dun système détoiles doubles ou multiples. Warner & Swasey a fabriqué un micromètre à fil (1970.0212) pour cette étude, mais les astronomes se sont vite intéressés davantage à la physique, ou lastrophysique, des étoiles et des nébuleuses (nuages gazeux ou galaxies). Les études sur la composition du Soleil et des autres étoiles nécessitent un spectrographe. Les premiers instruments de ce genre comportaient plusieurs prismes de verre qui divisaient et répartissaient la lumière dun astre. Un appareil photographique joint au spectrographe permettait de capter le spectre sur pellicule pour létudier plus tard. Selon la luminosité de létoile ou de la nébuleuse, une séance de pose durait de quelques minutes à quelques heures. Le bon fonctionnement du mécanisme dentraînement de la lunette était crucial parce quil permettait un déplacement qui compensait la rotation quotidienne de la Terre.
 Première illustration du spectre du Soleil par Joseph von Fraunhofer, vers 1815 (Astronomische Nachrichten, 1874) |
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Deux aspects des études spectroscopiques étaient très importants. Dabord, les spectres astraux font voir des lignes (un genre de code à barres cosmique) qui varient dun corps céleste à lautre. Les lignes dun astre donné peuvent aussi varier au fil du temps. La position de ces lignes, en comparaison avec une série de lignes standard connues, indique de quoi lastre se compose et si celui-ci sapproche ou séloigne de la Terre, grâce à un processus appelé le décalage Doppler. Ensuite, les mesures très précises de ces lignes spectrales sont prises à laide dun système de mesure. Le Musée conserve trois des premiers dispositifs du genre de lObservatoire fédéral. Ceux-ci ont été fabriqués par les firmes allemandes Toepfer (1970.0214 et 1970.0221) et Zeiss (1970.0222).
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| Deux des systèmes de lObservatoire servant à mesurer les lignes spectrales sur les photographies de spectres (MSTC 1970.0214, à gauche, et MSTC 1970.0222, à droite). |
 Lastrographe double (MSTC 1966.0401) a deux appareils photographiques principaux et un appareil de patrouille. Lappareil au couvercle relevé a un prisme de verre mince à lavant. Les plus petits appareils servent respectivement à repérer les astres à photographier et à suivre les astres durant les longues séances de pose. | Un autre instrument important est venu sajouter à lensemble dix ans plus tard. Lastrographe double (1966.0401, une lunette à deux appareils photographiques) avait son propre petit dôme adjacent au bâtiment principal. Il servait à photographier les amas stellaires. Les astronomes pouvaient ensuite mesurer la luminosité des étoiles sur les photographies à laide dun instrument appelé photomètre. Un des appareils photographiques de lastrographe était muni dun prisme de verre mince à lavant, ce qui permettait de photographier simultanément des amas stellaires et leurs spectres. Pour que cette caractéristique supplémentaire de lastrographe soit profitable, on devait pouvoir régler la direction de lune des lunettes afin de compenser le fait que la lunette munie du prisme pointait vers un champ stellaire situé en dehors de laxe de lastrographe. Grâce aux photographies et aux spectres, les astronomes ont pu découvrir des étoiles variables et utiliser les données recueillies pour déterminer la distance qui sépare la Terre des nébuleuses et des amas stellaires.
Le Musée possède deux photomètres, lun fabriqué par Warner & Swasey et lautre, plus récent, par Kipp & Zonen (1970.1516 et 1970.0213). Ces photomètres servaient à mesurer la luminosité des corps célestes à partir des photographies prises par lastrographe. Celui de Warner & Swasey était un photomètre à prisme. La longue bande noire quon aperçoit sur la photographie est un prisme photographique dont la densité varie dune extrémité à lautre. Lastronome ajustait manuellement la position de loculaire jusquà ce que létoile disparaisse. La position graphique indiquait la luminosité dune étoile en comparaison avec les autres – une combinaison détoiles dont la luminosité était connue ou inconnue. Lautre photomètre, celui de Kipp & Zonen, utilisait leffet photoélectrique découvert par Einstein en 1905. Une lumière était projetée sur le négatif dune photographie détoiles et ensuite sur une cellule photo-émissive, créant un courant électrique. Ce courant était proportionnel à la quantité de lumière reçue, ce qui indiquait la luminosité de chacune des étoiles. Cette analyse exigeait une attention méticuleuse pour que lon puisse détecter une variété deffets et derreurs possibles.
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| Le plus petit de ces deux photomètres (MSTC 1970.0516, à gauche), fabriqué par Warner & Swasey vers 1903, fonctionnait avec un prisme en verre. Lautre (MSTC 1970.0213, à droite), produit par Kipp & Zonen en 1930, utilisait des signaux lumineux et électriques pour prendre des mesures. |
Dans les premières années de lObservatoire, ses astronomes, en particulier John Plaskett, ont assez vite envisagé lexpansion de ses études scientifiques. Plaskett désirait un instrument beaucoup plus puissant et a persuadé le gouvernement canadien de financer un nouvel observatoire équipé de ce qui devait être le plus gros télescope au monde. Cette démarche a mené à la construction de lObservatoire fédéral dastrophysique à Victoria, en Colombie-Britannique. À son achèvement en 1917, le télescope de 72 po (183 cm) était le plus gros au monde, mais il lest demeuré seulement jusquen 1918. La Première Guerre mondiale avait retardé son achèvement puisque le miroir de 72 po (183 cm) devait être fabriqué en Belgique, près de lépicentre du conflit. Sous la direction de Plaskett, le Canada est devenu un chef de file en études astrophysiques et il lest encore aujourdhui.
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